À s’interroger sur ce qui origine le fait de peindre, chaque instant de son travail semble apporter une réponse à la fois différente et toujours plus fortement la même. Il y a ce qu’il fait figure de vitalité, cette énergie à ramener sur la toile un monde entier, un monde qui bien au-delà des représentations dont il se sert met en jeu une géométrie essentielle. Celle qui préside au vivant, donne aux cellules de leur ordre de marche qui permet aux arbres et aux étoiles d’emprunter un même chemin de ligne, forces et directions. Ces arbres, qui ne sont ni d’ici ni de là, poursuivent la métaphore qui s’est toujours développée dans son travail. Ses tableaux même les plus abstraits poussaient leurs signes au-delà du format, comme on devine aujourd’hui que les branches et les racines s’échappent du tableau. Peinture de geste jetés, poussés sur le calme des verts sombres du feuillage qui recèlent des promesses d’espaces.
(texte Alin Avila)
Tout au long de sa carrière, France Mitrofanoff étudie différents thèmes, ces dernières années elle représente des forêts (la première maison de l’Homme, lieu d’éternité), elle s’est aussi longtemps penchée sur ce qu’elle appel les chantiers, ou encore les labyrinthes. Ces œuvres reflètent une impression d’aisance et de sureté. De plus, la grande énergie de l’artiste transparait à travers ses toiles, traduit par ses couleurs, ses tâches de peintures, giclures. Tout est une question d’harmonie, qu’elle obtient après qu’elle soit parvenue à un certain accord. L’ancienne professeure des Arts décoratifs pose le problème du rapport du monde de l’objet esthétique avec le monde réel.

Expositions
- galerie B&T - Londres
- Chateau de Lussan - LUSSAN
- Galerie le 3ème oeil -
- galerie Erval - Paris
- Le Soleil dans la tête - PARIS
- atelier Jacob -
Interview Karine Hetherington / Artmuselondon
English versionDepuis ses débuts dans les années 70, France Mitrofanoff n’a cessé de peindre. D’abord inspirée par le mouvement Cobra, avec ses créatures étranges, elle s’en dégage pour peindre dès Villes, constructions chaotiques où se cachent les habitants, ombres dissimulées derrière les murs. Plus récemment elle a porté son regard sur la nature, en particulier les arbres. France Mitrofanoff aime les profondeurs de là forêt tantôt sombre, tantôt blanche et lumineuse. Ses tableaux expriment le mystère de la vie dans une quête de l’inexplicable.
France Mitrofanoff, pourquoi avez-vous intitulé votre nouvelle exposition à la Galerie Rauchfeld: ‘le dialogue de l’arbre?’
Je travaille depuis plusieurs années sur la forêt. L’arbre qui est notre refuge, puisqu’il nous abrite de la pluie , comme des rayons ardents du soleil, m’intrigue car nous connaissons peu de chose sur lui. Dans son poème « le dialogue de l’arbre » Paul Valery donne la parole au Pâtre Tityre et au philosophe Lucrèce qui nous raconte le murmure du vent, le bruissements des insectes dans ses feuillures. Ce texte magnifique m’a incitée à donner vie a mes arbres en écrivant sur l’écorce des lambeaux de ce poème.
Qui vous a inspiré ou qu’est-ce qui vous a décidé à vouer votre vie à la peinture?
Je n’ai pas choisi d’être peintre, je suis née peintre.
Il est vrai que j’ai vu toute ma jeunesse mon père s’installer le dimanche avec ses peintures sur la table de la salle a manger et agrandir soigneusement une carte postale de Paris achetée le matin même, s’isolant dans son univers que personne n’aurait imaginé troubler.
Il nous a d’ailleurs laissé une collection des vues de Paris, parfois maladroites, mais empruntées d’une ambiance poétique et mélancolique qui me touche.
Une journée typique pour vous…?
Toutes mes journées se ressemblent. Je ne résiste pas au désir de me rendre aux Frigos (anciennes chambres froides de la SNCF transformées en atelier d’artistes et d’artisans). C’est là que se trouve mon grand atelier chargé de quarante années de peintures . Là m’attend ma dernière toile en cours de travail qui m’inquiète tant qu’elle n’est pas terminée.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Je travaille toujours sur la forêt, mais je sens naitre un secret désir de retrouver un thème que j’ai a peine ébauché et que j’aimerai poursuivre : « les ruines envahies de nature ».
On reste donc dans la forêt.
Etes-vous devenue mystique?
Si être mystique consiste a aller toujours chercher au-delà des apparences des vérités qui ne sont pas dites, des mystères cachés que l’on ne comprend pas avec l’intellect mais que l’on subodore avec l’intuition, alors oui je suis mystique. Pas au sens religieux, mais plutôt philosophique.
Avez-vous eu des moments difficiles dans votre carrière artistique?
Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu des moments difficiles sur le plan de la création .
Sur le plan matériel, des difficultés d’atelier m’ont permis de connaître des populations très diverses comme « les gens du fleuve », ces personnes qui habitent sur des péniches et qui ne ressemblent en rien aux autres parisiens. Ne trouvant plus d’atelier bon marché j’avais acheté dans les années 90 une péniche, la Monique, datant de la première guerre mondiale, amarée quai Conti face a l’ile de la Citée sur laquelle j’ai installé mon travail de peintre.
J’ai découvert , naïve comme je l’était que la Seine montait sur le quai en hiver au gré de différentes crues. J’ai compris très vite que la solidarité qui s’exprimait, alors, entre voisins de péniche n’était pas un vain mot.
Avez-vous accompli tout ce que vous voulez accomplir dans votre travail artistique?
Surement pas. On court toujours après une toile que l’on ne fera jamais. Seule la fin de la vie vous guérit de cette obsession.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune, qui souhaite se lancer dans la peinture?
Apprendre un métier qui demande les mêmes compétences techniques que celles de l’artiste et qui permette de s’assumer financièrement afin de louer son atelier, acheter son matériel de peintre, et se nourrir. Les métiers de passion comme la peinture ne permette pas de vivre, il est nécessaire d’avoir deux métiers si l’on veut rester libre dans sa création.
L’enseignement est une bonne réponse a ce problème.
Admirez-vous des peintres anglais? Qu’est-ce que vous avez vu comme exposition dernièrement à Londres?
L’histoire de la peinture est immense. Il y a dans chaque pays des artistes passionnants. En Angleterre j’admire surtout Francis Bacon et Henry Moore.
Le peu de temps passé a Londres cette fois-ci m’a permis de voir une jolie exposition à la Serpentine. Albert Oehlen que je ne connaissais pas.Une très mauvaise exposition de Olafur Eliasson au Tate Modern. Et William Blake, toujours impressionnant, au Tate Britain.